Ethias-Belfius : L’urgence d’un champion financier national (carte blanche)
Face aux inquiétudes régionales, cette carte blanche plaide pour un rapprochement entre Ethias et Belfius afin de créer un champion financier souverain, ancré en Belgique et capable de financer l’économie réelle. Carte blanche d'André Marchand, consultant.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Cette carte blanche défend un rapprochement entre Ethias et Belfius. Elle y voit la possibilité de constituer un champion financier souverain, de taille critique, ancré en Belgique et en mesure de soutenir entreprises, communes et économie réelle.
Face au débat suscité par un éventuel rapprochement entre Ethias et Belfius, les inquiétudes exprimées par plusieurs responsables régionaux au Sud comme au Nord du pays sont audibles. Volonté de préserver un ancrage local, crainte d'une dilution de l'influence régionale au capital d'Ethias, attachement aux centres de décision de proximité : ces arguments s'inscrivent dans une logique de défense des intérêts territoriaux qu'il serait absurde de tenir pour rien.
Toutefois, la réalité économique impose d'élever le regard. La position défendue par le président du MR, Georges-Louis Bouchez, ne relève pas d'une posture dogmatique, mais d'une ambition industrielle et stratégique pour l'ensemble du pays. Dans un paysage bancaire belge dominé par des filiales de grands groupes étrangers, l'intérêt de la Belgique et de la Wallonie réside dans la constitution d'un véritable champion financier souverain. Et, en l’occurrence, d’un champion francophone.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La naissance d'un ensemble combinant Belfius et Ethias donnerait naissance au deuxième groupe financier du pays, juste derrière BNP Paribas Fortis et devant ING Belgique.
Le regroupement des bilans des deux entités ferait émerger un nouvel acteur qui pèserait près de 200 milliards d'euros de bilan consolidé. La cour des grands ! Côté passif et gestion d'actifs, le rapprochement de la branche assurance de Belfius et des activités d'Ethias permettrait de dépasser très largement la barre des 150 milliards d'euros d'actifs sous gestion. Sur le plan de l'emploi, l'entité issue de la fusion s'appuierait sur un effectif cumulé d'environ 8 500 à 9 000 salariés en Belgique, ce qui en ferait l'un des premiers employeurs du secteur privé sur le territoire national.
Au-delà de ces masses bilantielles, les synergies financières et opérationnelles sont considérables. Les deux établissements partagent une présence historique et dominante auprès du secteur public, des collectivités locales et du tissu associatif. La complémentarité entre les activités bancaires de l'un et les produits d'assurance de l'autre offre un potentiel de vente croisée immédiat. Avec 130 milliards de crédits, une capacité de financement allant du « private equity » et des fonds propres jusqu’aux simples crédits de trésorerie, un tel ensemble serait un formidable appui à l’investissement et au financement de la croissance en Belgique.
Sur le plan opérationnel, la mutualisation des coûts s'impose comme une nécessité. L'unification des plateformes informatiques, l'optimisation des fonctions de support, la rationalisation des réseaux physiques d'agences et l’implantation des nouveaux process de l’IA permettraient d'obtenir des gains d'échelle majeurs. Dans un contexte de numérisation accélérée et de pression sur le produit net bancaire, ces gains d'efficacité sont indispensables pour garantir la rentabilité à long terme des actifs publics investis dans ces sociétés.
Conserver deux structures séparées par simple réflexe régionaliste serait manquer d’ambition. Un groupe de taille critique, financièrement solide et solidement ancré en Belgique, offre de bien meilleures garanties pour le financement de nos entreprises, de nos communes et de notre économie réelle qu'un acteur morcelé et vulnérable.
La défense de l'ancrage local ne doit pas devenir le prétexte à l'immobilisme. Soutenir la création d'un champion financier souverain, c'est faire le choix de la taille critique, de l'efficacité opérationnelle et de l'indépendance économique de la Belgique.