La France emprunte plus cher que la Grèce : Marc Touati sonne l’alarme sur la dette
Invité de CNews, l’économiste Marc Touati a livré un réquisitoire contre la gestion des finances publiques françaises, mettant directement en cause Bruno Le Maire et les années Macron. Avec une charge d’intérêts qu’il chiffre à 77 milliards d’euros cette année, il prévient : ménages et entreprises vont désormais « payer la facture ».
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Marc Touati accuse Bruno Le Maire et les années Macron d'avoir laissé exploser la dette française. L'économiste alerte sur la hausse des intérêts, des crédits et des impôts.
La dette française n'est plus seulement une ligne vertigineuse dans les comptes publics. Pour Marc Touati, elle est en train de devenir une menace très concrète pour l'économie et le portefeuille des Français.
L'économiste Marc Touati alerte sur les taux d'intérêt de la dette de la France qui s'envolent : «C'est de l'argent jeté par les fenêtres», dans #HDProsEte
— CNEWS (@CNEWS) August 21, 2026
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Invité de CNews, l'économiste a livré une charge particulièrement sévère contre la politique budgétaire menée ces dernières années et désigné nommément l'ancien ministre de l'Économie Bruno Le Maire.
« Il y a une grande part de responsabilité dans l'augmentation de cette dette publique de Bruno Le Maire », a-t-il affirmé. Marc Touati assure l'avoir lui-même alerté à plusieurs reprises, notamment en 2021, alors que les taux d'intérêt étaient encore extrêmement faibles.
Il y a une grande part de responsabilité dans l'augmentation de cette dette publique de Bruno Le Maire.
Marc Touati
« Moi, je lui ai dit plusieurs fois : il faut arrêter d'augmenter la dette. Et malheureusement, il ne m'a pas écouté », raconte-t-il, affirmant qu'on lui répondait alors que les taux « n'augmenteraient jamais ».
Pour l'économiste, la remontée du coût de l'emprunt donne aujourd'hui tort à cette politique.
« 77 milliards d'euros juste pour les intérêts »
Le premier effet est directement visible dans le budget de l'État. Marc Touati cite les projections de la Cour des comptes et avance une charge d'intérêts de 77 milliards d'euros cette année. Une somme qui ne finance ni école, ni hôpital, ni infrastructure nouvelle : elle correspond au coût du financement de la dette accumulée.
« 77 milliards d'euros, c'est le premier poste de dépense de l'État », martèle l'économiste, qui qualifie cette dépense d'argent jeté par les fenêtres.
Et Touati projette la facture beaucoup plus loin : sur quinze ans, il estime que les intérêts de la dette pourraient représenter quelque 1.000 milliards d'euros.
Pour lui, la responsabilité dépasse évidemment un seul ministre. « C'est de la responsabilité de tous les dirigeants depuis des années, reconnaît-il, avant d'ajouter : mais en particulier depuis l'ère Macron ».
Il reproche surtout aux gouvernements successifs d'avoir laissé filer l'endettement non pour financer massivement des investissements susceptibles d'accroître la richesse future du pays, mais notamment pour couvrir des dépenses courantes.
Immobilier, entreprises, emploi : « tous nos crédits augmentent »
Le problème ne s'arrête cependant pas aux comptes de l'État. Lorsque les investisseurs exigent davantage d'intérêts pour prêter à la France, explique Marc Touati, cette tension finit par se transmettre au reste de l'économie.
« Lorsque les taux d'intérêt des obligations de l'État français augmentent, tous les taux d'intérêt de tous nos crédits augmentent », résume-t-il.
Les ménages qui souhaitent acheter un logement sont directement concernés. Les entreprises également : un crédit plus coûteux signifie des investissements moins rentables ou reportés, avec des répercussions possibles sur les embauches.
Touati dessine ainsi une réaction en chaîne : hausse des taux, recul de l'investissement, davantage de faillites, progression du chômage et, finalement, pression supplémentaire sur le pouvoir d'achat.
« Ce sont des conséquences évidemment très concrètes et surtout durables », prévient-il.
La France emprunte désormais plus cher que l'Italie et la Grèce
Mais c'est surtout la comparaison européenne avancée par l'économiste qui frappe. Marc Touati souligne que les rendements de la dette française ont dépassé ceux de plusieurs pays qui furent longtemps considérés comme les mauvais élèves de la zone euro. « On est devant l'Italie, devant Malte, devant la Grèce », insiste-t-il.
Avec la dette grecque, l'écart serait désormais d'environ 0,2 point selon les chiffres cités lors de son intervention. Face au Portugal, il atteindrait environ 0,5 point et, par rapport à l'Allemagne, près de 0,9 point.
Une inversion particulièrement symbolique. Durant la crise des dettes souveraines des années 2010, Paris se trouvait du côté des États considérés comme les plus solides tandis qu'Athènes était au cœur de la tourmente financière.
Pour Touati, le changement actuel traduit donc davantage qu'un simple mouvement international des taux : « Les investisseurs commencent à devenir vraiment très inquiets sur l'avenir de la France. »
« Une crise financière est en train de s'installer »
L'économiste refuse précisément l'argument consistant à attribuer la hausse des rendements français au seul environnement financier mondial.
Si tous les États subissent les mouvements des marchés obligataires, explique-t-il en substance, la France se distingue désormais défavorablement au sein même de la zone euro.
Et les perspectives budgétaires ne le rassurent guère. Marc Touati juge la France peu crédible dans sa capacité à reprendre le contrôle de son déficit et de sa dette et redoute de nouveaux dérapages des comptes publics.
Son diagnostic est particulièrement sombre : « Il y a bien aujourd'hui une crise financière qui est en train de s'installer en France. »
« C'est nous qui allons payer la facture »
Reste alors la question la plus sensible : qui paiera ? Pour Marc Touati, la réponse ne fait guère de doute. À la hausse du coût des crédits, au ralentissement de l'investissement et aux conséquences sur l'emploi risque de s'ajouter un quatrième effet : les impôts.
Un État durablement déficitaire et contraint de consacrer une part croissante de ses recettes au service de sa dette devra tôt ou tard trouver de nouvelles économies ou de nouvelles recettes.
Et l'économiste ne croit manifestement guère à la première option. « Comme on a un déficit public, à la fin, ça va générer une augmentation encore des impôts », prédit-il. Avant de conclure son réquisitoire : « Comme toujours, les Français vont payer malheureusement. Ça suffit cette politique, il faut vraiment changer de politique. »