Présidentielle 2027 : à droite et au centre, c'est l'heure de la primaire ?
À moins de six mois de la présidentielle, l’idée d’une primaire n’est plus une hérésie chez les héritiers de Macron et de la droite classique. Face à la perspective d’un duel Le Pen–Mélenchon, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et David Lisnard explorent tous une voie commune. Reste à savoir si Édouard Philippe acceptera de jouer le match.
Publié par Loïc Cotteret
Résumé de l'article
À droite et au centre, la primaire pour 2027 s’impose dans le débat alors qu’Édouard Philippe recule et qu’un duel Le Pen–Mélenchon se profile. Gabriel Attal et Bruno Retailleau s’y disent ouverts, mais leurs visions incompatibles, avec ou sans Glucksmann, avec ou sans Philippe, rendent l’accord encore très incertain
Pendant des mois, la droite et le centre ont nourri le même scénario : un leader finirait par émerger, les autres se rangeraient derrière lui, et la campagne s’ouvrirait sur une candidature naturellement unifiée.
Cet automne devait trancher. Il a surtout révélé l’ampleur du problème. Édouard Philippe recule, Gabriel Attal peine à décoller, Bruno Retailleau reste sous les 8%, et les enquêtes d’opinion dessinent désormais un second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Dans ce contexte, la primaire n’est plus seulement un débat d’appareil : elle devient une question de survie politique.
Une primaire qui s’impose malgré eux
Le mot a longtemps été tabou. Édouard Philippe, notamment, s’y est toujours montré réticent, lui qui a vécu de l’intérieur la primaire de 2016 et la défaite d’Alain Juppé face à François Fillon. Mais la donne a changé. David Lisnard, Bruno Retailleau et Gabriel Attal se disent désormais ouverts, à des degrés divers, à une consultation permettant de désigner un candidat unique de la droite et du centre.
Pour Retailleau, la logique est simple : sans Édouard Philippe, une primaire perdrait l’essentiel de sa légitimité. « S’il n’est pas là, ça sert à quoi », interroge le président de LR, qui souhaite une consultation ouverte aux forces de droite et du centre, tout en excluant Éric Zemmour.
Guillaume Kasbarian, ancien ministre de la Fonction Publique sous le gouvernement Barnier résume la stratégie avec une brutalité assumée :
Il faut être CLAIR :
— Guillaume Kasbarian (@guillaumekasba) October 28, 2026
Le RN a sa candidate.
LFI a son candidat.
Les socialistes ont leur candidat.
Il faut une primaire DE LA DROITE ET DU CENTRE.
À vous de trancher entre conservateurs, centristes et libéraux pour choisir votre candidat !
Derrière cette formulation se cache un enjeu considérable : éviter que trois candidats se disputent le même réservoir électoral et offrent, malgré eux, le second tour à leurs adversaires.
Attal relance la machine
Gabriel Attal a fait de cette perspective le cœur de son intervention sur TF1. Le candidat Renaissance appelle à une « grande primaire des démocrates », capable de faire émerger une candidature unique et de redonner un horizon aux électeurs tentés par le désespoir ou l’abstention. Son diagnostic est sans détour : un affrontement final entre La France insoumise et le Rassemblement national serait une catastrophe pour le pays.
Il fixe deux conditions. La primaire devrait réunir des candidats attachés aux valeurs de la République, à l’Europe et à la compétitivité économique.
Elle devrait aussi exclure toute alliance avec l’extrême gauche comme avec l’extrême droite, au niveau national comme européen. Une ligne claire en apparence, mais immédiatement problématique : où situer Bruno Retailleau ? Et que faire de Raphaël Glucksmann, vainqueur de la primaire sociale-démocrate ?
« Aujourd'hui, aucun candidat [du bloc central/démocrate] n'est en position d'être au second tour. Ceux qui font le choix de rester à l'écart du rassemblement porteront la responsabilité de la division. »
— Pierre Fournier (@_PierreFournier) October 28, 2026
— @GabrielAttal
Oui, il est temps d’organiser cette grande primaire des… pic.twitter.com/8Oz9RVHOgD
L’entourage de Bruno Retailleau n’a pas attendu pour répondre. L’idée de faire cohabiter le président de LR et Raphaël Glucksmann dans une même consultation est jugée « ridicule ». La primaire « des démocrates » d’Attal ressemble donc, aux yeux d’une partie de la droite, à une opération de sauvetage du centre plutôt qu’à un véritable projet de rassemblement.
🚨‼️🇫🇷 URGENT - L’entourage de Bruno Retailleau affirme ce soir que l’idée de Gabriel Attal de faire participer Bruno Retailleau et Raphaël Glucksmann à la même primaire est « ridicule ». (France Info) https://t.co/uBwBZaiABJ pic.twitter.com/8L8IFucHAu
— Actu & Politique (@actuetpolitique) October 28, 2026
Philippe, l’obstacle central
Tout repose sur un homme : Édouard Philippe. Encore donné en tête à droite et au centre dans les sondages, l’ancien Premier ministre n’a aucun intérêt arithmétique à se soumettre au verdict d’une primaire. Sa campagne repose précisément sur l’idée qu’il est le mieux placé pour affronter le RN au second tour. Mais cette avance se réduit, et son immobilité stratégique nourrit l’impatience de ses rivaux.
Son absence au débat de LCI du 16 novembre, officiellement pour un conseil municipal au Havre, alimente les critiques. À quelques mois du scrutin, un candidat qui promet un « programme massif » mais refuse les confrontations télévisées prend un risque.
Charles Consigny le formule sans détour : si Philippe ne remonte pas dans les enquêtes, la primaire deviendra inévitable.
Le paradoxe est frappant. Celui qui avait le plus à perdre dans une primaire est aussi celui dont la présence conditionne sa crédibilité. Sans lui, Retailleau craint une consultation symbolique. Avec lui, Attal risque de voir son propre leadership du bloc central réduit à néant.
Entre les deux, David Lisnard trouve de plus en plus sa place, tandis que Hervé Morin tente de créer une dynamique populaire avec une pétition favorable à la primaire, qui comptait environ 9 000 signatures.
Une coalition impossible ?
Le véritable obstacle n’est pas le calendrier. Il est idéologique. Une primaire droite-centre suppose que des libéraux européens, des gaullistes sociaux, des conservateurs et des centristes acceptent de défendre le vainqueur, même lorsque celui-ci incarne l’exact contraire de leur sensibilité. Or les lignes de fracture sont profondes : Europe, immigration, laïcité, économie, rapport à l’extrême droite.
L’attirance de certains cadres LR pour Sarah Knafo, qui soutient Éric Zemmour, illustre cette difficulté. Gabriel Attal ne peut raisonnablement partager une primaire avec des forces qu’il considère proches de l’extrême droite. À l’inverse, Retailleau refuse l’élargissement vers Glucksmann. La « grande primaire des démocrates » risque donc de rester un slogan tant que personne ne définit précisément qui a le droit d’y participer.
Le compte à rebours a commencé
La primaire n’est pas encore décidée. Elle n’est même pas dessinée. Mais elle n’est plus une hypothèse d’école. Elle est même inéluctable. Elle est devenue le dernier recours d’un camp qui voit le second tour lui échapper. Si Édouard Philippe stabilise ses scores, il pourra continuer à imposer son rythme et son refus du scrutin interne. S’il poursuit sa chute, la pression deviendra insoutenable.
À droite comme au centre, la question n’est donc plus vraiment : « Faut-il une primaire ? » Elle est devenue : « Qui acceptera de la perdre ? » Et c’est précisément là que se jouera la présidentielle de 2027.