« Éviter les banlieues » : la note interne explosive qui embarrasse Raphaël Glucksmann
Une note stratégique confidentielle attribuée à l’entourage de Raphaël Glucksmann, révélée par Politico et consultée par France Télévisions, provoque une violente polémique à gauche. Le document évoque notamment des catégories d’électeurs jugées « plus difficilement mobilisables » et qu’il conviendrait « d’éviter pour le moment ».
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Une note interne attribuée au camp Glucksmann sur les électeurs « à éviter » déclenche une vive polémique à gauche.
Le document n’aurait jamais dû sortir des cercles internes de Place publique. Pourtant, depuis sa révélation par Politico ce mardi, cette note stratégique de près de cinquante pages circule abondamment dans les états-majors de gauche et alimente déjà les premières lignes de fracture de la présidentielle de 2027.
Rédigé par Mathieu Lefèvre-Marton, ancien responsable du think tank Destin commun désormais intégré à l’équipe de Raphaël Glucksmann, le document détaille les « publics cibles » que l’eurodéputé devrait viser pour espérer atteindre le second tour.
Mais ce sont surtout les catégories jugées « plus difficilement mobilisables » qui provoquent l’incendie politique. Le document recommande d’« éviter pour le moment certains électorats, parmi lesquels les 18-25 ans, les CSP -, les personnes gagnant moins de 1 500 euros », les habitants des banlieues ou encore certaines régions populaires comme les Hauts-de-France ou PACA. »
Une fuite politiquement toxique
La comparaison avec la célèbre note Terra Nova de 2011 s’est immédiatement imposée dans les milieux politiques. À l’époque, le think tank proche du Parti socialiste avait théorisé l’abandon progressif de l’électorat ouvrier au profit des diplômés urbains, des minorités et des classes métropolitaines.
Pour Raphaël Glucksmann, qui cherche précisément à se défaire d’une image de candidat des centres-villes diplômés, la fuite tombe au plus mauvais moment.
Le document présente en effet des portraits-types particulièrement révélateurs de la stratégie envisagée. Parmi les électeurs « fidèles » figure ainsi « Nathalie de Nantes », professeure de lettres de 57 ans, bénévole dans une association d’aide aux migrants et amateur de Cabrel, Stromae et Mylène Farmer.
Les électeurs à conquérir se répartissent ensuite entre une gauche modérée hésitant entre Glucksmann, Tondelier ou Ruffin, et un électorat centriste préoccupé par l’instabilité politique et le pouvoir d’achat.
LFI saute sur l’occasion
La France insoumise n’a évidemment pas laissé passer l’opportunité. Clémence Guetté a accusé Glucksmann de vouloir « abandonner les ouvriers, les plus pauvres et les jeunes », tandis que Manon Aubry l’a décrit comme un candidat préférant « les riches aux pauvres ».
Mathilde Panot a elle aussi ironisé sur « un autre Macron possible », renforçant l’idée d’un procès désormais classique instruit par LFI contre l’eurodéputé : celui d’un social-libéralisme compatible avec le macronisme et coupé des classes populaires.
Cette ligne d’attaque n’est pas nouvelle, mais la fuite du document lui donne une matérialité particulièrement embarrassante.
Le camp Glucksmann tente d’éteindre l’incendie
Face à la polémique, l’entourage de Raphaël Glucksmann affirme qu’il ne s’agit que d’un « document de travail », largement amendé depuis sa rédaction.
Selon plusieurs proches cités par Politico et France Télévisions, la partie concernant les « cibles à éviter » aurait même été rejetée directement par Glucksmann lui-même avant la présentation du document lors d’un séminaire organisé dimanche à Paris.
Un stratège de son équipe insiste ainsi sur le fait qu’« aucun électorat n’appartient à LFI ou au RN » et que la stratégie consiste précisément à « parler à tout le monde ».
Mathieu Lefèvre-Marton défend la même ligne, assurant que Glucksmann considère au contraire qu’il faut éviter de laisser à La France insoumise le monopole des banlieues ou au Rassemblement national celui des catégories populaires rurales.
Une polémique révélatrice des fractures de la gauche
Au-delà du simple embarras médiatique, cette séquence révèle surtout la profondeur des divergences stratégiques au sein de la gauche française.
D’un côté, une ligne incarnée par LFI, fondée sur une coalition populaire, jeune et fortement ancrée dans les quartiers urbains. De l’autre, une stratégie plus sociale-démocrate et euro-compatible cherchant à agréger diplômés urbains, électorat écologiste modéré et anciens macronistes déçus.
Le problème pour Raphaël Glucksmann est que cette note semble précisément confirmer ce que ses adversaires disent déjà de lui : un candidat davantage tourné vers les classes moyennes supérieures métropolitaines que vers les catégories populaires. Or, dans une présidentielle française, ce soupçon peut rapidement devenir un piège politique majeur.