« Les Blancs derrière » : le double discours d’Unia
« Tous les hommes blancs au fond ! » L’agence Unia ne voit aucune discrimination dans l’appel lancé par la chanteuse Sophie Straat lors des festivités de Gand. Cette décision a suscité de vives critiques. Unia réagirait-elle de la même manière si un artiste envoyait des hommes noirs ou musulmans au fond de la salle?
Publié par Peter Backx
Lors des Fêtes de Gand, la chanteuse néerlandaise Sophie Straat a appelé « tous les hommes blancs » à se ménager une place au fond de la salle. Elle souhaitait laisser la place au premier rang pour les femmes, les personnes LGBTQ+ et les personnes de couleur. Unia a reçu environ deux cents signalements à ce sujet. Par ailleurs, l'Institut flamand des droits de l'homme a reçu 13 plaintes et l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes, 26.
Unia, cependant, ne voit aucune raison d'intervenir. Le centre met en avant le contexte artistique et politique et souligne qu'« aucun élément n'indique que les hommes blancs aient été réellement exclus ». De plus, les expressions artistiques et politiques bénéficient d'une large protection, même lorsqu'elles provoquent ou offensent. Unia qualifie cette déclaration d'« expression symbolique et artistique ».
Les preuves concernant les faits ne manquent pas. La déclaration est filmée : Sophie Straat demande explicitement aux « hommes blancs » de se retirer et de laisser la place aux autres groupes. Le débat ne porte donc pas sur ses propos, mais sur la raison pour laquelle Unia n’y voit aucune discrimination.
Unia statuerait-elle de la même manière ?
Le raisonnement d'Unia agace plus d'un. « Imaginons que quelqu'un, dans un élan d'« expression artistique », demande à un autre groupe de population de s'asseoir au fond de la salle ; Unia trouverait-elle cela acceptable ? » s'interroge l'économiste Geert Noels. L'ancien président d'Open Vld, Egbert Lachaert, répond avec sarcasme : « Au fait, l'idée que la liberté artistique justifie la discrimination ne s'applique qu'aux hommes blancs. »
La députée Kathleen Depoorter (N-VA) réclame également des explications et annonce une question parlementaire concernant le processus décisionnel à Unia. « Cette conclusion est surprenante, n'est-ce pas ? », écrit-elle. « Un tel incident mérite une enquête approfondie. » Jeudi, la ministre flamande de l'Égalité des chances, Caroline Gennez (Vooruit), n'avait toujours pas réagi publiquement.
Le ministre de la Défense, Théo Francken (N-VA), établit un parallèle avec l'œuvre d'art où il est représenté avec une croix gammée sur le front. L'association Atelier34zero, qui expose l'œuvre, reçoit 30.000 euros de la municipalité de Jette. « Pendant ce temps, tous les hommes blancs doivent rester au fond et Unia encense la liberté artistique d'un énième chanteur de gauche », ironise Francken. « La gauche a le droit de tout faire. »
Inverser les groupes
Prenons la déclaration de Straat et changeons uniquement le groupe visé : « Tous les hommes noirs au fond ». Imaginons qu’un artiste d’extrême droite crie cela et réclame des places au premier rang pour les visiteurs blancs. Unia parlerait-elle alors également d’une « expression symbolique et artistique » ?
Unia insisterait-elle encore sur le fait que personne n'était réellement exclu ? Après tout, Straat avait explicitement établi une distinction fondée sur la couleur de peau *et* le sexe. Un groupe avait dû se placer à l'arrière pour que les autres puissent se tenir devant. Inversez les groupes, et la même scène prend soudain un tout autre sens.
Des centaines de plaintes ont également été enregistrées aux Pays-Bas
Sophie Straat avait déjà lancé un appel similaire lors de l'affaire Best Kept Secret à Hilvarenbeek. Le centre national de signalement des discriminations, Discriminatie.nl, a reçu des centaines de plaintes en réponse, mais n'a pour l'instant entrepris aucune action. Cependant, plusieurs plaintes officielles ont également été déposées. Le parquet néerlandais poursuit son enquête.
Le ministère public ne s'est donc pas encore prononcé sur une éventuelle responsabilité pénale. La protection contre la discrimination fondée notamment sur la race, la couleur de peau et le sexe s'applique en principe à tous, y compris aux hommes blancs. Leur position sociale n'y change rien.
Le même critère ?
C’est là que réside le problème. Si la liberté artistique et l’absence d’exclusion réelle sont des facteurs déterminants dans le cas de la règle « tous les hommes blancs au fond », ces arguments doivent également s’appliquer lorsqu’un autre groupe de population est concerné. Autrement, l’identité du groupe visé influence aussi l’évaluation. Dès lors, la notion d’égalité de traitement devient beaucoup trop flexible.
C’est là que le raisonnement woke montre ses limites. L’homme blanc est perçu comme privilégié, dominant et porteur d’une culpabilité historique. De ce fait, la discrimination à son encontre semble avoir moins d’impact que celle visant des groupes considérés comme vulnérables. Ainsi, l’identité de la victime risque de déterminer ce qui est considéré comme discrimination et ce qui ne l’est pas.
Par ailleurs, les doutes quant à la neutralité d'Unia ne sont pas sans fondement. En mai, l'établissement a publié en une des chiffres relatifs aux violences contre les personnes LGBTI+ : « Les violences homophobes persistent et les idées conservatrices gagnent du terrain. » La directrice, Els Keytsman, s'exprimait dans ce contexte sur les discriminations et les violences « causées par les nouvelles idées conservatrices ».
Le conservatisme n'est pas synonyme d'homophobie ou d'extrémisme, mais d'un large mouvement politique démocratique. Pour une institution politiquement indépendante, ce discours est surprenant. Ce faisant, Unia s'engage elle-même dans un débat idéologique.
Les Flandres se retirèrent
Unia est bien plus qu'un simple centre de signalement. L'organisation fournit des conseils en matière de politiques publiques, organise des formations, publie des analyses et mène des actions en justice. En 2025, elle a reçu 8 054 signalements et ouvert 2 066 dossiers. Elle est également intervenue dans 22 affaires judiciaires.
Ce manque de financement est compensé par d'importants fonds publics. En 2025, Unia a perçu plus de 9,6 millions d'euros de subventions et d'aides. La Flandre s'était retirée d'Unia et avait créé l'Institut flamand des droits de l'homme en 2023. Depuis, elle ne finance plus cet institut.
Les coûts totaux d'Unia se sont élevés à environ 11,7 millions d'euros l'an dernier, dont plus de 9 millions ont été consacrés aux salaires. De plus, depuis fin 2025, Unia est reconnue comme « signaleur de confiance » au titre du règlement européen sur les services numériques. Par conséquent, les signalements de contenus potentiellement illégaux en ligne doivent être traités en priorité par les principales plateformes numériques. Unia gagne ainsi en influence.
Sophie Straat n'est pas le vrai problème
Sophie Straat n'est finalement qu'un détail. Une chanteuse punk provoque et fait des vagues. Le véritable enjeu, c'est Unia : une institution financée par des millions d'euros d'argent public, qui lutte contre les discriminations et dont l'influence ne cesse de croître.
Geert Noels a posé une question qui reste en suspens : Unia rendrait-elle le même verdict si un autre groupe de population était relégué à l’arrière ?
Si « tous les Blancs à l’arrière » est une expression symbolique et artistique, que signifie « tous les Noirs à l’arrière » ? Pour Unia, la réponse devrait être simple : les mêmes règles pour tous.