Paris manque de médecins, mais refuse deux gynécologues parce que leur cabinet dépasse 50 m²
Deux jeunes gynécologues souhaitaient simplement reprendre le cabinet de deux médecins partant à la retraite dans le 8e arrondissement. Mais à Paris, au-delà de 50 m², l’administration exige une compensation qui grimpe ici à 130.000 euros. La mairie du 8e dénonce une situation « ubuesque ».
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Deux jeunes gynécologues prêtes à reprendre un cabinet dans le 8e arrondissement de Paris sont bloquées par une règle limitant les changements d’usage à 50 m². Au-delà, elles doivent payer 130.000 euros de compensation.
Il fallait y penser : dans une ville où l’accès aux soins constitue déjà un sujet de tension, deux jeunes gynécologues prêtes à reprendre la patientèle de confrères partant à la retraite se sont vu fermer la porte pour une raison très parisienne : leur cabinet est trop grand.
Les deux praticiennes envisageaient de s’installer dans un cabinet de 130 m² situé dans le 8e arrondissement, près des Champs-Élysées. Le projet avait tout d’une succession classique : deux médecins partent à la retraite, deux autres prennent leur place. Mais la mécanique administrative s’en est mêlée.
Dans le 8e arrondissement, une réglementation locale limite à 50 m² la surface pouvant faire l’objet d’un changement d’usage. Au-delà, les futurs occupants doivent s’acquitter d’une compensation financière. Dans le cas des deux gynécologues, la facture atteindrait 130.000 euros.
130.000 euros pour avoir trop de mètres carrés
Les deux médecins ont raconté leur dépit au Parisien. « Ça m’écœure. L’administration a toujours raison. On a beau tout faire bien, dans les règles et en avance, ça ne sert à rien », confie l’une d’elles.
Le plus absurde est qu’elles ne cherchaient pas à transformer un immeuble en centre commercial ni à retirer un logement du marché pour ouvrir un hôtel. Elles voulaient reprendre un cabinet médical existant et poursuivre son activité.
La maire du 8e arrondissement, Catherine Lécuyer (LR), a elle aussi dénoncé une situation qu’elle juge ubuesque.
« Cette limite de 50 m² n’a pas de sens. Comment un professionnel peut-il installer des locaux, une salle d’attente et respecter toutes les normes d’accessibilité dans 50 m² ? », s’est-elle interrogée.
Préserver les logements, même contre les médecins
La Ville de Paris assume pourtant la règle. Elle explique vouloir protéger le parc résidentiel dans un arrondissement où les logements sont déjà peu nombreux et où les bureaux et commerces occupent une part importante de l’espace disponible.
Sur le papier, l’objectif peut se comprendre. Dans la pratique, il conduit ici à traiter deux jeunes médecins comme n’importe quel acteur immobilier souhaitant convertir un local.
Catherine Lécuyer dénonce précisément ce point : « exiger de jeunes médecins des compensations financières au coût prohibitif, comme s’il s’agissait de fonds de pension ou de loueurs touristiques, relève du dogmatisme pur », estime-t-elle.
Une règle qui ne s’applique qu’au 8e
Autre particularité : cette limite de 50 m² est spécifique au 8e arrondissement. La maire souhaite désormais faire modifier le dispositif et obtenir une exception pour les professionnels de santé. Elle entend porter le sujet devant le Conseil de Paris.
En attendant, le résultat est pour le moins cocasse : deux gynécologues prêtes à reprendre une patientèle existante, dans un cabinet existant, se retrouvent empêchées de s’installer parce que l’administration considère que 130 m², c’est trop. La médecine parisienne devra donc attendre. La règle, elle, se porte très bien.