« Quelle joie ! » : Fabien Roussel célèbre la fille de Che Guevara à la Fête de l’Huma
« Quelle joie ! » À la Fête de l’Humanité, Fabien Roussel s’est réjoui d’accueillir Aleida Guevara, fille de Che Guevara, et a réaffirmé sa « solidarité internationaliste » avec Cuba. Soixante-sept ans après la révolution, le régime cubain détient pourtant toujours des centaines de prisonniers politiques.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Fabien Roussel s’est réjoui d’accueillir Aleida Guevara, fille de Che Guevara, à la Fête de l’Humanité et réaffirme sa solidarité avec Cuba, où des centaines de prisonniers politiques restent détenus.
Il y a des figures historiques dont l'héritage embarrasse leurs héritiers politiques. Che Guevara ne semble toujours pas appartenir à cette catégorie à la Fête de l'Humanité.
Fabien Roussel s'est affiché ce week-end avec Aleida Guevara, fille du révolutionnaire argentino-cubain devenu l'une des principales icônes mondiales du communisme. Le secrétaire national du Parti communiste français n'a manifesté aucune gêne particulière devant cet héritage. Bien au contraire.
Quelle joie d’accueillir Aleida Guevara, fille d’Ernesto Che Guevara, à la Fête de l’Humanité !
— Fabien Roussel (@Fabien_Roussel) September 12, 2026
Un moment fort de fraternité et de solidarité avec le peuple cubain.
Cuba no está sola. Face au blocus, notre solidarité internationaliste ne faiblira jamais. pic.twitter.com/8PTUf9N8aJ
« Quelle joie d'accueillir Aleida Guevara, fille d'Ernesto Che Guevara, à la Fête de l'Humanité ! », écrit-il. Il évoque « un moment fort de fraternité et de solidarité avec le peuple cubain », avant de conclure en espagnol : « Cuba no está sola. » Et de promettre : « Face au blocus, notre solidarité internationaliste ne faiblira jamais. »
Quelle joie d'accueillir Aleida Guevara, fille d'Ernesto Che Guevara, à la Fête de l'Humanité !
Fabien Roussel
Une icône révolutionnaire au passé beaucoup moins romantique
L'image du Che imprimée sur des tee-shirts depuis plusieurs générations a considérablement adouci celle du révolutionnaire réel.
Après la prise de La Havane en janvier 1959, Ernesto Guevara prend notamment le commandement de la forteresse de La Cabaña, transformée en prison et lieu de tribunaux révolutionnaires. Des membres de l'ancien régime de Batista et d'autres personnes accusées de crimes ou d'activités contre-révolutionnaires y sont jugés et exécutés. Les estimations du nombre d'exécutions et la responsabilité exacte de Guevara dans chacune d'elles demeurent discutées par les historiens.
Une chose ne l'est guère : Che Guevara n'était pas un démocrate libéral malencontreusement devenu l'icône romantique d'une révolution. Il assumait la violence révolutionnaire, défendait un régime communiste et participa à la construction du nouvel appareil répressif cubain.
Cela n'interdit évidemment ni d'étudier le personnage, ni de recevoir sa fille, qui n'est pas responsable des actes de son père. Mais les mots choisis par Fabien Roussel ne relèvent précisément pas de la distance historique : « joie », « fraternité », « solidarité internationaliste ». Le symbole Guevara demeure ici revendiqué.
Et Cuba emprisonne toujours ses opposants
Plus étonnant encore : cette nostalgie s'exprime alors que le régime issu de la révolution cubaine existe toujours.
Human Rights Watch indiquait en juillet que des organisations cubaines de défense des droits humains estimaient à environ 800 le nombre de prisonniers politiques encore détenus dans le pays, dont près de la moitié en lien avec les grandes manifestations antigouvernementales de juillet 2021. L'ONG rapporte également des condamnations pour des actes relevant de la liberté d'expression et des témoignages faisant état de passages à tabac, d'isolement et de privation de soins.
Amnesty International décrit de son côté en 2026 la persistance de détentions arbitraires, de surveillance illégale et de harcèlement contre les dissidents et leurs familles.
Cuba traverse parallèlement une crise économique et sociale considérable. Pénuries alimentaires et médicales, coupures d'électricité et dégradation des conditions de vie alimentent une émigration massive : selon Human Rights Watch, les chiffres officiels cubains eux-mêmes indiquent que le pays a perdu environ 10 % de sa population ces dernières années.
Le « blocus », éternelle explication
Fabien Roussel préfère concentrer son message sur le « blocus » américain. Celui-ci est bien réel — et les sanctions américaines ont des conséquences économiques qu'il serait absurde de nier. Human Rights Watch, pourtant particulièrement sévère envers le régime cubain, qualifiait encore cette année le blocus pétrolier américain de « brutal ».
Mais l'organisation ajoute dans la même analyse que l'embargo ne saurait justifier l'emprisonnement des critiques du gouvernement. Elle relève également depuis longtemps que La Havane utilise les sanctions américaines comme justification de ses difficultés et comme argument permettant de détourner l'attention de ses propres pratiques répressives.
C'est précisément ce qui manque au message de Fabien Roussel. Pas un mot sur les prisonniers politiques. Pas un mot sur la répression des manifestations. Pas un mot sur l'absence de pluralisme politique. À la place demeure intact le vieux vocabulaire : Cuba, le Che, la fraternité et la « solidarité internationaliste ».
La rencontre avec Aleida Guevara n'a évidemment rien de condamnable en elle-même. Ce qui frappe est qu'en 2026, après près de sept décennies de régime communiste cubain, le secrétaire national du PCF puisse encore convoquer cet héritage avec la même ferveur symbolique, sans qu'une seule ligne de son hommage ne vienne rappeler ce qu'il a aussi produit.