Raphaël Glucksmann « n’en peut plus de cette gauche sectaire »
Raphaël Glucksmann hausse le ton contre une partie de la gauche qu’il juge enfermée dans l’entre-soi idéologique. En visant le « sectarisme » et les logiques d’exclusion, l’eurodéputé cherche aussi à préparer son propre espace politique pour 2027, entre social-démocratie, déçus du macronisme et rejet assumé de Jean-Luc Mélenchon.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Raphaël Glucksmann attaque le « sectarisme » d’une partie de la gauche et ouvre la porte aux anciens macronistes, sur fond de préparation de 2027.
Raphaël Glucksmann accélère sa mue présidentielle. Encore prudent sur ses intentions pour 2027, l’eurodéputé de Place publique multiplie les signaux politiques et affine progressivement sa ligne. Cette fois, c’est contre une partie de la gauche elle-même qu’il a choisi de tirer.
Invité de France Inter mercredi matin, celui qui figure parmi les personnalités les mieux placées dans l’espace social-démocrate a dénoncé avec vigueur ce qu’il considère comme une dérive devenue chronique : le sectarisme politique.
Raphaël Glucksmann : “J’ai une responsabilité particulière parce que je suis le seul, sur cet espace politique de la gauche démocratique, à avoir fait un score à deux chiffres sur une élection nationale depuis plus de 10 ans. Ces 14% [aux élections européennes] de 2024… pic.twitter.com/DC3yoWWEEo
— France Inter (@franceinter) May 27, 2026
« Je n’en peux plus de cette gauche sectaire », a-t-il lancé, en défendant l’arrivée dans son mouvement de personnalités venues d’autres horizons politiques, notamment d’anciens soutiens de la macronie comme le député Sacha Houlié.
Glucksmann veut sortir la gauche de l’entre-soi
La formule la plus remarquée est venue quelques secondes plus tard. « Nous ne sommes pas des videurs de boîte de nuit, a-t-il affirmé, avant d’ajouter qu'il y en a marre de ce sectarisme absolu. » Derrière la formule, le message politique est limpide.
Raphaël Glucksmann cherche à construire une offre capable de dépasser les frontières partisanes traditionnelles de la gauche. Son objectif n’est plus seulement de parler aux électeurs socialistes historiques, mais également aux déçus du macronisme, aux électeurs écologistes modérés et à une partie du centre progressiste.
Le dirigeant de Place publique estime qu’aucune victoire présidentielle n’est possible dans une logique de pureté idéologique ou de fermeture partisane.
« La seule manière qu’on aura de remporter cette élection, c’est d’être fermes sur nos convictions de gauche et d’être ouverts », a-t-il plaidé.
La rupture avec Mélenchon se confirme
Cette volonté d’élargissement s’accompagne d’une autre clarification majeure : Jean-Luc Mélenchon n’est plus considéré comme un partenaire politique crédible. Glucksmann estime désormais qu’une candidature unique de toute la gauche est devenue irréaliste. « Les divergences sont tellement fortes », juge-t-il. Une phrase qui donne acte, une fois encore, de l’éclatement profond de la gauche française.
D’un côté, une gauche radicale structurée autour de La France insoumise, assumant une stratégie de conflictualité forte et une ligne plus clivante sur de nombreux sujets régaliens, économiques ou internationaux.
De l’autre, un espace social-démocrate qui cherche à reconstruire une offre plus réformiste et plus compatible avec une partie des anciens électeurs macronistes.
Une candidature de plus en plus probable
Raphaël Glucksmann affirme se laisser encore trois mois de réflexion avant d’arrêter sa décision sur une éventuelle candidature présidentielle.
Mais peu d’observateurs doutent désormais de sa trajectoire. Crédité d’environ 11 % dans certaines enquêtes d’opinion sur l’espace social-démocrate, il apparaît aujourd’hui comme l’une des figures les plus visibles d’une gauche non mélenchoniste.
Reste une difficulté majeure : Place publique demeure une petite structure politique, sans appareil comparable à celui du Parti socialiste ou de La France insoumise.
Pour espérer transformer une dynamique d’opinion en candidature crédible, Glucksmann devra convaincre bien au-delà de son socle actuel. Son discours d’ouverture adressé aux anciens macronistes et aux électeurs venus d’autres familles politiques n’a donc rien d’anecdotique. Il ressemble déjà à une stratégie présidentielle.