Bardella et Farage signent un pacte pour renvoyer en France les migrants interceptés dans la Manche
Jordan Bardella et Nigel Farage ont signé vendredi à Birmingham un protocole d’accord sur l’immigration clandestine. Le RN promet d’empêcher les départs depuis les côtes françaises et d’accepter le retour en France des migrants interceptés par les Britanniques dans la Manche.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
À Birmingham, Jordan Bardella et Nigel Farage ont signé un protocole d’accord prévoyant de stopper les traversées clandestines de la Manche et de renvoyer en France les migrants interceptés par le Royaume-Uni.
Jordan Bardella et Nigel Farage ne se contentent plus d’afficher leur proximité politique. Réunis vendredi à Birmingham pour le congrès de Reform UK, les dirigeants du Rassemblement national et du parti britannique ont signé sur scène un protocole d’accord destiné à organiser leur coopération contre l’immigration clandestine s’ils accèdent tous deux au pouvoir.
Le texte prévoit notamment que la France fasse « tout son possible pour empêcher tous les départs » de migrants clandestins depuis ses côtes et que le Royaume-Uni puisse intercepter les embarcations entrées dans ses eaux territoriales avant de ramener leurs occupants en France.
« Nous sommes sur le point de signer un document historique qui mettra définitivement fin à l’arrivée de ces bateaux », a affirmé Nigel Farage devant les militants de Reform UK.
L’accord n’engage juridiquement ni la France ni le Royaume-Uni : il s’agit d’un protocole conclu entre deux partis d’opposition. Mais les deux hommes l’ont explicitement présenté comme la matrice d’un futur accord entre leurs gouvernements respectifs.
« La France ne sera plus une porte d’entrée »
Jordan Bardella a pris devant les militants britanniques un engagement particulièrement clair. « Si le peuple français reprend le pouvoir en 2027, dans quelques mois, avec le Rassemblement national et Marine Le Pen, notre gouvernement fera tout ce qui est en son pouvoir pour que la France ne soit plus une porte d’entrée pour l’immigration clandestine vers le Royaume-Uni », a-t-il déclaré.
Le président du RN a également refusé l’idée selon laquelle les migrants entrés clandestinement en France devraient simplement poursuivre leur route vers la Grande-Bretagne. « Leur destination ne doit pas être le Royaume-Uni ; ils doivent être renvoyés dans leur pays d’origine », a-t-il affirmé.
Bardella a appelé les deux pays à « briser le modèle économique des passeurs et à reprendre le contrôle de nos frontières ». Son discours lui a valu plusieurs ovations debout au congrès de Reform UK.
Farage a saisi l’occasion pour attaquer directement la politique française actuelle. Après avoir salué la promesse du RN d’empêcher les départs, il a lancé : « Et peut-être que cette fois-ci, avec lui comme Premier ministre, ils le penseront vraiment. »
Le dispositif imaginé par les deux partis rompt surtout avec la logique actuelle des traversées : Londres réclame depuis longtemps à Paris davantage d’action sur les plages françaises, tandis que la question du retour systématique en France des personnes interceptées en mer demeure politiquement et juridiquement sensible.
Deux partis qui se préparent déjà au pouvoir
La portée du déplacement de Bardella dépasse d’ailleurs la seule immigration. Le dirigeant français a présenté Farage comme un futur Premier ministre britannique et celui-ci traite désormais ouvertement le RN comme un partenaire gouvernemental potentiel.
« Nigel Farage et Reform ont redonné espoir à des millions de Britanniques, espoir que le pouvoir en place leur avait volé : celui qu’une alternative existe », a lancé Bardella, avant d’encourager son hôte à « poursuivre le combat ».
Il a également développé devant les militants de Reform une conception commune de la souveraineté nationale. Selon lui, la France et le Royaume-Uni peuvent travailler ensemble dans la défense, le nucléaire, l’intelligence artificielle ou la sécurité maritime sans renoncer à leur autonomie.
« La souveraineté ne signifie pas rejeter les alliances, mais rejeter la dépendance, a-t-il déclaré. Nous n’avons pas besoin de devenir moins français ou moins britanniques pour unir nos forces. »
Bardella a aussi repris plusieurs thèmes chers à Reform UK : les villes devenues selon lui « méconnaissables », l’immigration de masse, la fierté nationale et la critique d’une gauche accusée de déconstruire l’identité des pays européens. À propos des drapeaux britanniques, il a exhorté les militants à « les hisser » et à « ne jamais s’excuser d’être patriotes ».
L’image est politiquement significative. Pendant des années, les mouvements nationaux européens entretenaient volontiers des relations internationales tout en cultivant leur autonomie. Bardella et Farage cherchent désormais à montrer qu’un nationalisme assumé n’empêche pas une coopération étroite lorsque les intérêts des États convergent.
Leur protocole sur la Manche constitue la première traduction très concrète de cette idée : deux partis qui ne gouvernent encore ni à Paris ni à Londres commencent déjà à écrire ce qu’ils voudraient faire ensemble s’ils y parviennent.