Anders reproche aux mutuelles de vider le ticket modérateur de sa substance
Anders veut interdire aux assurances complémentaires des mutualités de rembourser intégralement le ticket modérateur. Alexia Bertrand estime que cela supprime le frein financier censé responsabiliser les patients. La proposition relance le débat entre accès aux soins, maîtrise des dépenses de santé et rôle commercial croissant des mutualités.
Publié par A.G.
Résumé de l'article
-Anders veut interdire aux assurances complémentaires des mutualités de rembourser intégralement le ticket modérateur.
-Alexia Bertrand estime que cela supprime le frein financier censé responsabiliser les patients.
-La proposition relance le débat entre accès aux soins, maîtrise des dépenses de santé et rôle commercial croissant des mutualités.
Concrètement, Alexia Bertrand propose d’interdire aux mutualités de rembourser le ticket modérateur via leurs assurances complémentaires et de maintenir une exception pour les moins de 18 ans, mais avec un plafond légal de remboursement.
La députée Anders (ex-Open-VLD) propose également d’encadrer plus strictement les avantages complémentaires des mutualités et de définir par la loi ce qui peut ou non être remboursé. Enfin, les « petits avantages » type stages, wellness ou remboursements périphériques sont jugés trop éloignés de la mission de base des mutualités et devraient aussi être plus encadrés et dans certains cas interdits.
Son objectif : empêcher que le ticket modérateur soit ramené à zéro et redevienne un vrai frein à la surconsommation de soins.
Le débat relancé par Anders dépasse largement la simple question technique des assurances complémentaires des mutualités. À travers une proposition qui redonne du sens au ticket modérateur, la députée fédérale Alexia Bertrand s’attaque en réalité à un pilier discret mais fondamental du système de santé belge : le ticket modérateur, appelé « remgeld » en néerlandais. Pour elle, ce mécanisme est progressivement vidé de sa substance par certaines mutualités qui remboursent ensuite ce reste à charge via leurs assurances complémentaires.
Responsabiliser le patient avant tout
Dans l’esprit du système belge, le ticket modérateur n’a jamais eu pour seul objectif de financer les soins. Il sert aussi à responsabiliser le patient en maintenant une participation financière minimale lors d’une consultation, d’un examen ou d’un achat de médicaments. Mais selon Alexia Bertrand, lorsque les mutualités ramènent de facto ce coût à zéro grâce à des remboursements complémentaires, elles annihilent le principe. La conséquence, estime-t-elle, est une banalisation de la consommation de soins et une disparition du frein financier censé éviter certains excès.
La critique vise également le modèle économique des mutualités. Anders accuse certaines d’utiliser ces remboursements comme outil marketing pour attirer des affiliés dans une logique concurrentielle de plus en plus agressive. $
Aux yeux du parti, les mutualités s’éloigneraient ainsi de leur mission historique de solidarité pour proposer des avantages proches de produits de consommation privée : remboursement de stages de vacances, bons wellness ou autres avantages périphériques destinés à séduire les membres.
Derrière cette polémique se cache en réalité un vieux débat idéologique sur la santé publique. Faut-il rendre les soins les plus gratuits possible afin d’éviter le renoncement aux soins, ou maintenir une participation financière afin de responsabiliser les patients et contenir les dépenses de l’INAMI ?
Les défenseurs des mutualités rappellent de leur côté que le ticket modérateur peut aussi décourager des patients précaires de consulter à temps. Anders, lui, considère qu’en neutralisant systématiquement ce mécanisme, les mutualités contribuent à l’explosion des dépenses de santé et brouillent la frontière entre solidarité et concurrence commerciale.