Canicule : on ne sortira pas du pétrole par décret (édito)
Pas de solution clé en main contre les canicules. A court terme, s'équiper de la climatisation semble le bon remède.
Publié par Nicolas de Pape
Résumé de l'article
Malgré le réchauffement climatique et le développement des énergies renouvelables, le monde reste fortement dépendant des combustibles fossiles, ce qui fait que, selon cette analyse, la climatisation reste pour l'instant une solution indispensable.
Avec environ 84% de l’énergie primaire de source hydrocarbure – le reste se partageant entre nucléaire, éoliennes et solaire intermittents, biomasse et barrages hydroélecriques… -, le monde n’a aucune solution à court terme contre le réchauffement climatique. La fusion nucléaire se fait attendre et les lois de la thermodynamique sont des lois d’airain. A moins de comprimer l’économie mondiale et nous appauvrir.
Le paradoxe est que c'est précisément au moment où le GIEC promet qu'on va échapper à l’apocalypse qu'une terrible canicule s'abat sur l'Europe du Nord. S'agit-il d'un phénomène purement météorologique ou climatique, les experts s'interrogent. Les prochaines semaines promettent peut-être des records de température cette fois vers le bas dont la Belgique a le secret certains étés...
Souffrance
Entre-temps, nos compatriotes, dans les écoles, les hôpitaux, les transports publics et les entreprises sans climatisation (et dans leurs logements rarement équipés) souffrent le martyr.
La politique officielle tant en Belgique qu’en France a été longtemps de diaboliser l’air conditionné car il aggraverait le réchauffement climatique et augmenterait fortement note consommation d’énergie. Harrison du Bus en a dit l’essentiel ici.
Soulignons toutefois un paradoxe : toute l’Europe s’est rangée derrière le préaccord de paix entre les USA et l’Iran car il permet la réouverture du Détroit d’Ormuz d’où transite une part substantielle du pétrole mondial… Tous nos politiques n’avaient qu’une idée en tête : que le prix baisse à la pompe et sur la facture de gaz/électricité.
L'urgence de "rallumer" les réacteurs nucléaires
Car ce pétrole, en même temps que le gaz et le charbon, on ne peut guère s’en passer. Ces trois hydrocarbures comptent pour 84% de l’énergie primaire mondiale (en Belgique : environ 70%).
Côté électricité - qui n'est qu'une petite part de l'énergie globale-, si la France produit encore 75% de son électricité décarbonnée, grâce à plus de 50 réacteurs, la Belgique n’a plus que deux réacteurs en activité. « Rallumer » d’autres réacteurs nécessitera des milliards et des équipes d’experts de haut vol pour nous déscotcher d’ENGIE qui préfère… les centrales au gaz.
Si les hydrocarbures se tariront tôt ou tard, les réserves d'uranium offrent des perspectives à très long terme (on parle de cent ans voire plusieurs siècles sur base d'exploitation plus rationnelle). C'est donc la voie royale au niveau de la décarbonation en tenant compte tout de même que le refroidissement des réacteurs par les rivières pèche un peu lorsque les cours d'eau sont trop chauds, ce qui est le cas actuellement (trois réacteurs français sont concernés).
Et encore faut-il remettre à flots la filière et électrifier l'ensemble de l'économie. Or ce n'est pas demain qu'on verra des avions, des tankers, des portes-conteneurs ou des paquebots fonctionnant à l'électricité ou mus par la seule force du vent. Dans beaucoup de pays, même le train fonctionne encore au diesel voire même au charbon.
Zéro carbone, un objectif lointain
En un mot comme en cent, notre dépendance aux hydrocarbures pour le transport aérien, le transport maritime, les engrais, la production de métal et de béton est telle que le « zéro carbone » est un objectif très lointain. La sortie du pétrole ne se fera pas par décret.
En attendant, la climatisation offre un soulagement à court terme indéniable et sauve des milliers de vie. Même si elle n’est pas l’unique solution, il est grand temps de la dédiaboliser.