Tolérance zéro pour la maltraitance animale (carte blanche)
Dans cette carte blanche, Marcela Gori revient sur les images tournées à l'abattoir d'Ath et sur l'émotion qu'elles ont suscitée. Elle y défend un renforcement des sanctions contre les auteurs de maltraitance animale et plaide pour une interdiction à vie de détenir un animal dans les cas les plus graves.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Dans une carte blanche, Marcela Gori appelle à renforcer les sanctions contre la maltraitance animale et défend l'interdiction à vie de détenir un animal pour les auteurs des faits les plus graves.
Vous avez vu ? cette semaine, GAIA a diffusé des images tournées entre février et avril 2026 montrant des pratiques présumées de maltraitance animale à l'abattoir d'Ath. L'association a déposé plainte et demande la fermeture de l'établissement. Le dossier a immédiatement rebondi au Parlement wallon, où le ministre du Bien-être animal, Adrien Dolimont, a été interpellé.
Le bien-être animal est devenu un sujet majeur dans nos sociétés. Et c’est une excellente nouvelle. On a parfois un peu de mal à comprendre de quoi on parle. Pour faire court, il concerne d’une part la manière dont les animaux sont traités et les conditions dans lesquelles ils vivent, mais également la satisfaction des besoins physiques, comportementaux et émotionnels de l'animal. Il ne s'agit donc pas uniquement d'éviter la souffrance, mais aussi de permettre à l'animal de vivre une vie digne de son espèce.
Une brique dans le ventre et un chat à la maison
On dit souvent des Belges qu’ils ont une brique dans le ventre. Ce que l’on sait moins, c’est qu’ils sont aussi très souvent accompagnés d’un chat ou d’un chien. Entre 58 % et 61 % des ménages belges possèdent en effet au moins un animal de compagnie. Les chats sont désormais les animaux les plus nombreux en Belgique, avec environ 3,08 millions de chats, contre 2,05 millions de chiens. Ils sont véritablement considérés comme des membres de la famille, et certains ont même leurs comptes Instagram à l’instar de Maximus, le chat de notre premier ministre.
Nous vivons probablement à l'époque où les animaux sont les plus aimés de l'histoire de l'humanité. Mais nous vivons aussi à l'époque où nous nous interrogeons le plus sur la manière dont nous les traitons.
Pendant des siècles, l'animal était avant tout utile. Le cheval travaillait, le chien gardait, la vache produisait du lait. Avec le temps, nous avons progressivement cessé de considérer l'animal comme un simple bien pour le reconnaître comme un être sensible. Cette évolution est telle qu'en 2024, la protection du bien-être animal a été inscrite dans la Constitution belge.
L'écrivain britannique Henry Stephens Salt, l'un des pionniers de la défense des animaux, estimait déjà à la fin du XIXe siècle que le progrès moral d'une civilisation se mesure à sa capacité à élargir son cercle de compassion. D'abord la famille, puis la nation, puis l'humanité tout entière… et désormais les animaux.
Une interdiction à vie
C'est au regard de cette évolution qu'il faut comprendre l'émoi suscité par les images qui nous parviennent régulièrement des abattoirs. Les scènes révélées à Ath ont choqué parce qu'elles sont en contradiction totale avec ce que notre société considère aujourd'hui comme acceptable.
Et disons-le clairement : certains comportements relèvent non pas de la négligence, mais de la cruauté pure et simple. Pour ces cas-là, la réponse de la société doit être implacable et exemplaire.
Je plaide pour que les auteurs de faits graves de maltraitance animale puissent être interdits à vie de détenir un animal. Une telle possibilité existe déjà dans certains dossiers, mais elle devrait devenir la règle pour les cas les plus graves. Les peines de prison devraient également être appliquées avec davantage de fermeté. La maltraitance animale n'est pas une faute mineure : c'est une violence exercée contre un être vivant incapable de se défendre.
Car il existe une autre réalité, plus dérangeante encore. De nombreuses études en criminologie montrent qu'il existe parfois un lien entre la violence exercée sur les animaux et d'autres formes de violence, notamment intrafamiliale ou sociale. Sans prétendre qu'un maltraitant animal deviendra nécessairement un criminel, l'absence totale d'empathie, la jouissance de la souffrance ou l'exercice gratuit de la violence doivent toujours nous interpeller.
Celui qui prend plaisir à faire souffrir un animal révèle souvent quelque chose de plus profond : une incapacité à reconnaître la vulnérabilité de l'autre.
Une société civilisée ne peut pas détourner le regard. Protéger les animaux, ce n'est pas seulement protéger les animaux, c'est d'abord défendre une certaine idée de l'humanité, fondée sur le respect, la responsabilité et la compassion.