En RDC, la Conférence épiscopale nationale du Congo s’oppose aux ambitions de Felix Tshisekedi.
À Kinshasa, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) met en garde contre une possible révision de la Constitution qui permettrait au président Tshisekedi de briguer un troisième mandat. Les évêques dénoncent un risque de dérive autoritaire alors que l'est du pays demeure ravagé par les conflits armés et les déplacements de populations.
Publié par Philippe Lamair
Résumé de l'article
CENCO (la Conférence épiscopale nationale du Congo) tire la sonnette d’alarme. Felix Tshisekedi irait vers un 3e mandat présidentiel ? Les évêques catholiques s’opposent à une révision de la Constitution et à un referendum. On craint le danger de balkanisation et de guerre civile.
« La Nation est en péril », c’est le cri que pousse la CENCO (la Conférence épiscopale nationale du Congo). À l’issue de trois jours de réunion à Kinshasa, les évêques catholiques de la République démocratique du Congo tirent la sonnette d’alarme. Dans leur communiqué final, ils constatent que malgré les accords de paix, à l’est du pays, l’AFC/M23 consolide son contrôle et son administration.
Dans l’Ituri des groupes armés dont les ADF massacrent des milliers de personnes. À ces violences s’ajoute le sort des déplacés vivant dans des conditions inhumaines. Toujours à l’Est, le défi est de gérer l’épidémie du virus Ebola et d’empêcher son extension. Mais la plus grande inquiétude de la CENCO est politique. Elle craint une modification de la Constitution. On prête en effet à Felix Tshisekedi l’intention de briguer un 3e mandat. La Constitution actuelle n’en autorise que deux. Pour la changer, le Président souhaite utiliser la voie du referendum.
Pour la CENCO, le pays a d’autres priorités. Elle invite Felix Tshisekedi à honorer le serment qu’il a prêté devant Dieu et la Nation de respecter et de défendre la Constitution de 2006. Elle représente pour les évêques « un véritable rempart contre la dictature et la privatisation de l’État. Un passage en force comporte des risques de balkanisation du pays, où les rivalités politiques à connotations ethniques et tribales font redouter le déclenchement d’une guerre civile. »
Les évêques se disent prêts à organiser des actions et appellent la population à faire preuve de vigilance pour s’opposer par tous les moyens légaux et pacifiques à toute tentative de modification de la loi fondamentale de la RDC.
À la communauté internationale, les membres de la Conférence épiscopale demandent de respecter et faire respecter la Constitution ainsi que les résolutions et les accords signés en faveur de la République démocratique du Congo. Une requête qui devrait interpeller le Ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot dont un des premiers déplacement fut de rendre visite au Président Tshisekedi.
Les prises de position tout comme les recommandations de la CENCO seront relayées par le clergé catholique dans toute la RDC mais avec quel impact ?
Peu de chance que Tshsekedi en tienne compte. Fort d’une large majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat, il a fait voter respectivement les 9 et 15 juin derniers, un projet de loi l’autorisant à lancer un referendum. Première étape vers un changement de la Constitution ? Le morcellement politique et la faiblesse de l’opposition tout comme celle de la Société civile dont la manifestation la semaine dernière à Kinshasa a été réprimée ainsi que le déclin de l’Église catholique au profit des Églises évangélistes en plein essor et qui soutiennent le Régime ne laissent entrevoir que très peu d’espoir que Felix Tshisekedi revoit ses ambitions à la baisse.