Triste record : un Belge sur deux s'estime désormais en difficulté psychologique
Selon le dernier Mind Health Report d’AXA, la moitié des Belges se trouvent aujourd’hui dans une situation de fragilité psychologique. Les jeunes adultes et les femmes apparaissent particulièrement vulnérables, tandis que les arrêts maladie liés à la santé mentale continuent de progresser.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Le dernier rapport d’AXA révèle que 50 % des Belges connaissent des difficultés de bien-être mental, avec une hausse continue des cas de dépression.
La santé mentale continue de se dégrader en Belgique. C'est l'un des principaux enseignements du Mind Health Report 2026 publié par AXA. Pour la première fois depuis la création de cette étude internationale en 2021, la moitié de la population belge se déclare aujourd'hui en difficulté sur le plan du bien-être mental.
Selon les résultats de l'enquête menée par Ipsos auprès de 1.000 Belges âgés de 18 à 75 ans, 50 % des répondants se trouvent actuellement dans ce que le rapport qualifie de « spirale négative » en matière de santé mentale.
Si la proportion de personnes déclarant souffrir d'un problème de santé mentale reste stable depuis 2023 à 31 %, la progression des symptômes dépressifs se poursuit. Désormais, 18 % des Belges affirment souffrir de dépression, soit sept points de plus qu'en 2021.
Les jeunes et les femmes en première ligne
L'étude identifie deux catégories particulièrement exposées. Les jeunes adultes de 18 à 34 ans apparaissent comme la population la plus vulnérable. Parmi eux, 41 % déclarent rencontrer des problèmes de santé mentale. Les femmes sont également davantage touchées, toutes générations confondues, avec 35 % d'entre elles qui déclarent souffrir de difficultés psychologiques.
Pour les auteurs du rapport, cette situation s'explique notamment par un contexte perçu comme de plus en plus instable. Les inquiétudes liées à la situation économique, aux évolutions du marché du travail, aux tensions géopolitiques ou encore à l'avenir en général alimentent un sentiment d'incertitude durable.
Le temps d'écran dans le viseur
L'étude pointe également l'impact croissant du numérique sur le bien-être psychologique.
Les Belges passent en moyenne 4 heures et 20 minutes par jour devant un écran. Chez les moins de 35 ans, cette durée atteint 5 heures et 30 minutes quotidiennes.
Or, 62 % des répondants considèrent que ce temps d'écran nuit à leur santé mentale. Cette proportion grimpe à 81 % chez les jeunes adultes.
Les conséquences les plus fréquemment citées sont les troubles du sommeil, mentionnés par 41 % des participants, ainsi qu'un sentiment accru d'isolement, évoqué par 36 % d'entre eux.
Le coût des soins reste un obstacle important
Malgré la multiplication des campagnes de sensibilisation, de nombreux Belges ne franchissent toujours pas le pas d'une consultation.
Près d'une personne sur deux n'a consulté aucun professionnel de la santé mentale au cours des douze derniers mois.
Le coût des consultations constitue le premier frein identifié par l'enquête. Plus d'un tiers des répondants invoquent cette raison. D'autres estiment simplement ne pas avoir besoin d'accompagnement.
Pour le professeur Lode Godderis, cité dans le rapport, l'enjeu ne se limite toutefois pas à l'accès aux soins.
Selon lui, de nombreuses personnes peinent encore à identifier précisément leurs besoins ou à comprendre l'influence de leur environnement sur leur équilibre psychologique. Il plaide dès lors pour un accompagnement plus personnalisé et une meilleure orientation vers les différentes formes d'aide disponibles.
L'intelligence artificielle gagne du terrain
Autre enseignement notable de l'étude : le recours croissant à l'intelligence artificielle pour obtenir des conseils liés au bien-être mental.
Plus d'un Belge sur deux affirme avoir déjà utilisé un outil d'intelligence artificielle dans ce cadre. Cette proportion atteint même 74 % chez les moins de 35 ans.
Les utilisateurs se montrent globalement satisfaits des réponses obtenues. Toutefois, les inquiétudes demeurent nombreuses.
Parmi les risques identifiés figurent le développement d'une dépendance à ces outils, la diminution des échanges humains ou encore, dans certains cas, l'incitation à des comportements jugés néfastes.
L'étude souligne ainsi que l'intelligence artificielle peut constituer un outil complémentaire, mais ne saurait remplacer un accompagnement humain lorsque celui-ci est nécessaire.
Une problématique qui pèse aussi sur les entreprises
La question de la santé mentale s'invite également de plus en plus dans le monde du travail.
Parmi les travailleurs interrogés, 31 % déclarent avoir été en arrêt maladie au cours des douze derniers mois pour des raisons psychologiques. Ce chiffre était de 26 % il y a seulement deux ans.
Là encore, les jeunes travailleurs apparaissent particulièrement exposés : 44 % des actifs âgés de 18 à 34 ans disent avoir déjà dû interrompre leur activité professionnelle pour des raisons liées à leur santé mentale.
Malgré cela, le sujet demeure sensible au sein des entreprises. Si 52 % des salariés se disent prêts à parler de leurs difficultés psychologiques à leur employeur, beaucoup continuent de préférer le silence. Certains considèrent qu'il s'agit d'une question strictement privée, d'autres doutent de la capacité de leur employeur à les aider ou craignent des conséquences négatives pour leur carrière.
Un défi collectif
Pour AXA, ces résultats rappellent que la santé mentale ne relève plus uniquement de la sphère individuelle ou médicale.
L'assureur estime que les entreprises, les pouvoirs publics, les professionnels de santé mais aussi l'entourage familial et amical ont tous un rôle à jouer dans la prévention et l'accompagnement des difficultés psychologiques.
Dans un contexte marqué par les incertitudes économiques, les transformations technologiques rapides et la montée des préoccupations liées à l'avenir, le bien-être mental apparaît plus que jamais comme l'un des grands défis sociétaux de la décennie.