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Est-il normal que la RTBF reçoive 350 millions d’euros de subsides pendant que les groupes privés de presse se meurent ? (Analyse)

par Nicolas de Pape

Il devient impossible d’ignorer le déséquilibre profond qui mine le paysage médiatique belge francophone. D’un côté, la RTBF bénéficie chaque année d’environ 350 millions d’euros de dotation publique (et même 374 millions en ajoutant TV5 Monde et d’autres subventions) plus 67 millions environ de recettes publicitaires, un mix qui lui permet de fonctionner en dehors de toute contrainte réelle de rentabilité. De l’autre, la presse privée s’enfonce dans une crise structurelle dont elle ne parvient plus à sortir. Le système actuel d’aide à la presse ne remplit plus sa mission et contribue désormais à étouffer ceux qui produisent l’information sans filet de sécurité.

Les grands groupes historiques sont aujourd’hui à bout de souffle. IPM et Rossel, longtemps présentés comme des piliers solides, n’arrivent plus à générer suffisamment de revenus pour être simplement rentables. IPM a annoncé la mise en place d’un jour de chômage économique à partir de l’année prochaine afin de préserver sa trésorerie dans l’attente d’une fusion avec Rossel. Cette annonce illustre la gravité de la situation et démontre que même les acteurs les plus installés sont désormais en difficulté.

Situation préoccupante dans les médias privés

Dans l’audiovisuel privé, la situation est tout aussi préoccupante. LN24, devenue en quelques années un acteur central du débat politique en Belgique francophone, a dû licencier trois personnes pour tenter de survivre. Son impact réel sur la vie démocratique dépasse largement celui de certaines chaînes locales comme BX1. Pourtant, LN24 ne reçoit pas un seul euro de subsides structurels, tandis que les médias publics sont financés presque intégralement par l’argent du contribuable.

Le marché est ainsi totalement faussé. Les médias publics concurrencent directement les acteurs privés sur tous les terrains, y compris le numérique. Les grands groupes de presse dénoncent depuis longtemps le fait que la RTBF produise massivement du contenu digital écrit gratuit, souvent basé sur des informations issues du travail des rédactions privées. Là où les groupes de presse font payer l’accès à l’information pour financer leurs journalistes, la RTBF diffuse gratuitement des articles en ligne, subventionnés par des fonds publics, captant l’audience sans supporter les mêmes contraintes économiques. A l’heure où des abonnements de toutes sortes (chaînes en streaming, calculatrices de calories, Spotify, YouTube version payante, Chat-GPT) sont proposés aux citoyens, les dissuadant de s’abonner à un média, cette gratuité est un avantage concurrentiel phénoménal.

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