« Je ne ferai pas de politique toute ma vie » : Bouchez se livre sur l’usure du pouvoir
Interrogé par Martin Buxant sur RTL Info, Georges-Louis Bouchez a livré une réflexion personnelle sur les effets de la vie politique. Le président du MR dit ne pas être « abîmé », mais reconnaît que les polémiques, les déceptions et les contradictions humaines finissent par éroder une part d’idéalisme.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Georges-Louis Bouchez affirme ne pas vouloir faire de la politique toute sa vie et met en garde contre les effets du pouvoir sur ceux qui l’exercent.
Les responsables politiques parlent volontiers de leurs projets, de leurs réformes ou de leurs adversaires. Plus rarement de ce que la politique produit sur eux-mêmes. Interrogé par Martin Buxant sur RTL Info, Georges-Louis Bouchez s’est prêté à cet exercice inhabituel en répondant à une question simple : la politique l’a-t-elle abîmé ?
La réponse du président du MR est nuancée. « Non », répond-il d’abord, avant d’ajouter immédiatement qu’il comprend comment cela pourrait arriver. À ses yeux, la longévité en politique comporte un risque réel : celui de perdre progressivement le contact avec les réalités humaines ou de sombrer dans une forme de cynisme.
J'ai l'impression que pour survivre longtemps en politique, il faut soit devenir indifférent, soit cynique.
Georges-Louis Bouchez
« La politique vous montre l’âme humaine »
Au fil de son analyse, Georges-Louis Bouchez décrit une activité qui expose quotidiennement à toutes les facettes de la nature humaine. Les engagements fluctuants, les contradictions, les intérêts divergents ou encore les promesses non tenues constituent selon lui une réalité permanente de la vie publique.
« La politique vous montre l'âme humaine dans tout ce qu'elle a de diversifié », observe-t-il.
Cette confrontation constante produit parfois des rencontres exceptionnelles, mais aussi des expériences plus désenchantées. Le président du MR explique ainsi comprendre pourquoi certains responsables finissent par se détacher des réalités ou par développer une vision plus cynique de la société.
Il affirme cependant vouloir résister à cette évolution, qu'il considère comme l'un des principaux dangers du métier politique.
« Chaque vague emporte un peu de vous »
Un passage marquant de l'entretien est sans doute la métaphore employée par Georges-Louis Bouchez pour décrire l'effet des années passées sous les projecteurs.
Selon lui, les polémiques, les critiques et les attaques répétées ressemblent à des vagues qui frappent continuellement un rocher.
À première vue, le rocher semble inchangé. Pourtant, à chaque impact, une petite partie de sa matière disparaît.
Vous perdez un peu d'innocence, vous perdez parfois un certain idéalisme.
Georges-Louis Bouchez
Le président du MR affirme que cette érosion ne l'a pas encore profondément transformé, mais qu'il en perçoit déjà les mécanismes. Une manière de reconnaître que la résistance à l'usure politique n'est jamais acquise.
Une deuxième vie après la politique
Cette réflexion conduit Georges-Louis Bouchez à une conclusion plus personnelle encore : il ne se voit pas consacrer toute son existence à la politique.
« Je ne ferai pas de politique toute ma vie », affirme-t-il sans ambiguïté.
À 40 ans, le président du MR estime avoir déjà atteint l'un des sommets du pouvoir politique belge. Il rappelle qu'il dirige aujourd'hui le premier parti francophone du pays et considère que les fonctions de président de parti et de Premier ministre constituent les principaux centres de pouvoir en Belgique.
Cette situation lui offre, selon lui, un privilège rare : celui de pouvoir envisager une autre existence professionnelle lorsqu'il décidera de quitter la vie politique.
« Ça me donne une opportunité extraordinaire d'un jour avoir une deuxième vie », explique-t-il.
Une déclaration qui tranche avec les habitudes du milieu politique
Dans un univers où de nombreux responsables cherchent à prolonger leur carrière aussi longtemps que possible, les propos de Georges-Louis Bouchez se distinguent par leur franchise. Sans annoncer un départ prochain, il laisse entendre que la politique n'est pas une fin en soi mais une étape de son parcours.
Il évoque même avec une certaine ironie les responsables qui cherchent à rester dans le jeu coûte que coûte en multipliant les mandats ou les fonctions de représentation.
Pour le président du MR, la réussite politique n'a de sens que si elle permet également de préparer l'après. Une réflexion qui éclaire sous un jour plus personnel l'un des acteurs les plus influents de la vie politique belge actuelle.