Sansal sur Gallimard « Le livre que j’étais en train d’écrire ne pouvait pas être édité dans une maison qui n’a pas fait de ma liberté d’expression le cœur de son soutien. »
Pris dans une polémique intense, Boualem Sansal revient sur ses déclarations, dénonce un acharnement médiatique et précise les raisons de son départ de Gallimard.
Publié par J.PE
Résumé de l'article
Boualem Sansal dénonce une « cabale » et précise les raisons de sa rupture avec Gallimard dans un climat de fortes tensions médiatiques et intellectuelles.
Boualem Sansal fait le cœur de l’actualité depuis plusieurs semaines. Il a accordé une interview à la Nouvelle Revue politique ou il explique clairement le départ de sa maison d’édition Gallimard.
L’auteur est revenu sur ses propos de la semaine dernière ou il a dit sous le coup de l’émotion qu’il souhaitait quitter la France. Il s’explique « J’étais dans une colère noire. La coupe était pleine, elle a débordé. À longueur de journée, on me poursuit, on m’insulte, on me crache dessus, on déverse des tombereaux d’ordures sur moi. Le bashing Sansal c’est amusant un temps. Ils n’ont rien d’autre à faire ces journalistes ? Je suis tout ce qu’on voudra mais pas fou, ce n’est pas à moi de quitter la France, que j’aime plus que tout et qui me le rend bien, mais ceux qui m’ennuient à longueur de temps. »
La dénonciation d’une « cabale » intellectuelle
Il revient aussi sur le « le problème d’une poignée d’oligarques de la pensée, de petits dictateurs de bureau », comme il le soulignait dans le Figaro samedi dernier et l’hypocrise de certains à gauche qui ne voyaient pas de problèmes d’être édités chez Grasset avant. Ainsi l’écrivain déclare : « C’est en effet une cabale. La veille de mon départ de Gallimard, j’étais un héros absolu, on ne se lassait pas de m’inviter. Et le lendemain, c’est Apocalypse Now, séisme force 9. J’aurais assassiné Dieu le père que je n’aurais pas été traité comme ça. Le monde entier savait que Grasset appartenait à Bolloré, ça ne dérageait pas. Sansal arrive, on découvre Bolloré caché dans un placard et on déduit qu’il va un jour ou l’autre faire ce qu’il n’a pas fait jusque-là : interdire aux auteurs de s’exprimer librement. Il y a aussi que les recteurs de la pensée et du verbe veulent que je parle comme eux.
Les raisons d’un départ de Gallimard
Enfin, il évoque pour la première fois les raisons de son départ de la maison d’édition Gallimard : « Certains m’ont soutenu comme on soutient un homme libre qui est prêt à se battre jusqu’à la mort pour rester libre. J’avais écrit à Tebboune pour lui dire que je refusais toute grâce, que je voulais un nouveau procès, un vrai procès. Et que d’autres m’ont soutenu comme on négocie la libération d’un otage. Cette démarche m’a gêné. Là, il m’est apparu évident que le livre que j’étais en train d’écrire sur ma détention ne pouvait pas être édité dans une maison qui n’a pas fait de ma liberté d’expression le cœur de son soutien. J’ai expliqué cela dans une tribune publiée dans le Monde. Pour autant je n’ai pas quitté Gallimard pour cette raison, il y avait une autre raison d’ordre privé. Je ne veux pas en parler ici et maintenant. »
Un climat de soupçons autour de la rupture
Certains proches de Boualem Sansal estime en plus que c’est Gallimard qui est derrière la campagne donnée au départ de Boualem Sansal de la maison d’édition car cette dernière n’aurait pas aimé qu’un auteur aussi connu et rentable le lâche. Les prochaines semaines et la sortie du livre de Boualem Sansal reviendront sans doute sur cette épisode et permettront d’y voir plus clair.