Accidents du travail : un quart des victimes avaient moins d’un an d’ancienneté
Un salarié sur quatre décédé au travail avait moins d’un an d’ancienneté. Derrière la baisse globale des accidents mortels en Belgique, les données d’AXA révèlent une vulnérabilité persistante, concentrée dans certains secteurs et à des moments clés de la vie professionnelle.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
En Belgique, les accidents du travail reculent mais continuent de frapper durement les nouveaux employés, révélant des failles persistantes dans la prévention.
À l’occasion de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, instaurée par l’Organisation internationale du Travail, AXA publie une analyse précise et, à bien des égards, dérangeante des accidents du travail en Belgique. Si la tendance générale est à la baisse, l’analyse fine des situations à risque dessine une réalité moins rassurante : les mécanismes des accidents mortels restent remarquablement stables, et certaines catégories de travailleurs paient un tribut disproportionné.
Les chiffres fournis par Fedris confirment un recul des accidents mortels ces dernières années. Sur le lieu de travail, ils sont passés de 62 en 2019 à 45 en 2024. Les accidents sur le trajet domicile-travail suivent la même trajectoire, de 47 à 33 sur la même période. Une évolution positive, mais qui ne modifie pas la nature du problème : les causes demeurent structurelles et bien identifiées.
Des risques connus, toujours dominants
La circulation arrive en tête des accidents mortels (27 %), suivie des chutes de hauteur (22 %), des chutes d’objets ou de matériaux (16 %) et des accidents impliquant des machines (12 %). Autrement dit, des risques classiques, connus de longue date, et théoriquement maîtrisables. Cette permanence des causes interroge moins la connaissance des dangers que la capacité réelle des organisations à les contenir dans la durée.
Mais c’est un autre chiffre qui frappe davantage encore : près d’un quart des travailleurs décédés avaient moins d’un an d’ancienneté. Sur les trajets domicile-travail, la proportion monte à 28 %. Le phénomène se retrouve également dans les accidents graves entraînant des incapacités permanentes. L’entrée dans l’entreprise apparaît ainsi comme une phase de vulnérabilité aiguë, où l’exposition au risque est maximale.
Les nouveaux travailleurs, point aveugle de la prévention
Ce constat dépasse la simple question de la formation technique. Il pointe un angle mort organisationnel : l’intégration des nouveaux collaborateurs reste trop souvent traitée comme une formalité administrative, alors qu’elle constitue un moment critique de transmission des réflexes de sécurité. Dans les faits, l’apprentissage des risques se fait encore largement en situation, parfois au prix fort.
Certaines structures et certains secteurs concentrent par ailleurs une part importante des accidents. Les PME de moins de 50 salariés représentent près d’un quart des accidents mortels observés dans le portefeuille étudié. La construction, à elle seule, regroupe près de la moitié de ces cas, suivie par le transport (14 %). Là encore, rien de surprenant sur le plan statistique — mais une confirmation que la taille de l’entreprise et la nature de l’activité restent des déterminants majeurs du risque.
Le trajet domicile-travail constitue un autre point de fragilité. Près de la moitié des accidents mortels impliquent des véhicules, tandis qu’un quart concerne des usagers vulnérables, piétons ou cyclistes. Les créneaux horaires sont également révélateurs : 28 % des accidents surviennent entre 6h et 8h du matin, au moment où se cumulent fatigue, précipitation et densité du trafic.
Des accidents lourds aux effets durables
Au-delà des décès, les accidents graves laissent des traces durables. Entre 2021 et 2024, 1 % des accidents du travail ont entraîné une incapacité permanente d’au moins 10 % — un taux qui double sur les trajets domicile-travail. Et dans plus de neuf cas sur dix, ces situations s’accompagnent d’une absence de plus de trois mois. Autrement dit, l’impact ne se limite jamais à l’événement initial : il s’inscrit dans le temps long, affectant à la fois les trajectoires individuelles et l’organisation des entreprises.
Dans ce paysage, AXA, dans son communiqué de presse, insiste sur un point souvent sous-estimé : la prévention n’est pas seulement une affaire de procédures ou d’équipements, mais de continuité. Elle suppose une présence constante, une adaptation aux situations concrètes et un accompagnement individualisé, y compris après l’accident. L’assureur met en avant ses équipes de terrain, chargées d’identifier les risques et de structurer des plans de prévention, ainsi que les dispositifs de suivi médical, psychologique et social pour les victimes.
Le diagnostic, au fond, est limpide. La Belgique enregistre moins d’accidents mortels qu’il y a dix ans, mais elle ne parvient pas encore à rompre avec les logiques qui les produisent. Tant que les nouveaux travailleurs resteront les plus exposés, et tant que les mêmes causes continueront de produire les mêmes effets, la baisse des chiffres ne suffira pas à qualifier un véritable progrès.